ça va mieux en le disant




Billet d'humeur


Le quotidien en Languedoc Roussillon : le kéké, ques aco ?

Sur l’air d’une chanson de notre Johnny national, les habitants du Languedoc Roussillon pourraient fredonner : « on a tous en nous quelque chose du kéké, quelque chose à éradiquer ».

Mais qu’est-ce qu’un kéké, au juste ?

D’abord, c’est une manière d’être et de se comporter. Avant tout, le kéké adore se faire remarquer. Et, pour cela, tous les moyens à base de bruit sont bons. Ainsi, quand il arrive dans un endroit calme – et surtout s’il est calme – le kéké, mû par un besoin irrépressible, commence par gesticuler et crier, quand ce n’est pas vociférer. Ayant alors inévitablement attiré l’attention sur lui, il se doit de continuer sur sa lancée en démontrant, toujours haut et fort, qu’il se place plus haut que tout le monde, en général, et que les lois, en particulier.

Mais revenons à notre endroit calme, surtout s’il est rempli de gens tranquilles venus là pour admirer le paysage ou simplement venus passer un moment de détente. Et observons bien notre kéké. Pas question pour lui d’arriver là incognito. Au choix, il va débarquer sur une mobylette dont on se demande toujours si elle n’est pas prête à exploser. Ca, c’est pour la catégorie kéké adolescent. Plus tard, il préfèrera une moto vrombissante ou un quad, très efficaces au niveau de la pollution. Cependant il pourra aussi hésiter entre un cabriolet nerveux, un gros 4/4 qui écrase tout sur son passage ou une voiture équipée de la dernière sono la plus retentissante en quantité de décibels. Et, bien sûr, il roulera toutes vitres baissées, au cas où il ne serait pas certain d’avoir produit son petit effet.

Où trouver le kéké ?

Au cas où vous feriez partie des rares personnes bienheureuses qui ne l’ont encore jamais rencontré, ce n’est pas bien difficile. D’abord, parce que, comme on l’a déjà constaté précédemment, le kéké génère beaucoup de bruit, partout où il passe. Ensuite, il y instaure un bazar général. Le terme « bazar » est l’un des nombreux vocables qui existent pour qualifier sa manière de faire. On peut également utiliser le mot « bordel », plus vulgaire certes mais aussi plus approprié. Car le kéké accumule, entasse, empile une quantité d’objets hétéroclites et inutiles, la plupart du temps. En quelque sorte, il se constitue sa déchetterie personnelle.
Au milieu de cette foirfouille, comme le kéké a peur de se sentir seul, il s’entoure volontiers d’un ou plusieurs chiens. Et comme, souvent aussi, il est sourd, du fait qu’il vit, ne l’oublions pas, dans un bruit incessant, il « n’entend » jamais ses chiens aboyer ou, pire, il les laisse délibérément aboyer en son absence, au grand désarroi de ses voisins.

Le kéké et les autres

Mais ses voisins ou les gens qu’il est amené à côtoyer, le kéké n’en a cure. Car le kéké, par principe, se croit tout seul et ne tient aucun compte des règles élémentaires de civisme. Le civisme fait d’ailleurs partie des mots qu’il a définitivement rayés de son vocabulaire. Car le kéké a décidé, une fois pour toutes, que les lois et les règlementations avaient été créées pour les autres. Mais pas pour lui !
Ca commence à son domicile. Il n’est pas rare, en effet, d’entendre un kéké décréter : « chez moi, je fais ce que je veux ». Sa variante préférée étant : « j’étais là avant vous ». Ceci signifie, par exemple, que s’il est amené à organiser une soirée - traduisez « faire du vacarme toute la nuit » - il ne tiendra absolument pas compte des nuisances sonores qu’il peut occasionner pour le voisinage. Au contraire. Ne perdons jamais cela de vue, le kéké a besoin que l’on sache qu’il s’amuse, même si ça n’amuse personne d’autre que lui.
Ensuite ça continue un peu partout, dans son quotidien et surtout, par voie de conséquence, celui d’autrui. Mais c’est plus particulièrement remarquable au volant d’un véhicule : sa mobylette, son quad, sa voiture. Ainsi le kéké ne connaît pas le feu rouge (peut-être est-il daltonien ?), le stop (il ne comprend pas l’anglais), la ligne blanche (il ne la voit pas), les limitations de vitesse (on n’a installé ces panneaux que pour l’empêcher de vivre). Car le kéké est aussi de mauvaise foi, rien n’est jamais de sa faute. Et s’il est pris en flagrant délit, il trouvera toujours une bonne explication pour justifier son comportement, fût-il mortel pour autrui. Les tribunaux régionaux débordent de ce genre de délits, à juger régulièrement.

Pour tenter d’élucider les origines d’un tel phénomène, on va alors avancer des hypothèses. Le kéké vit-il dans une région triste, moche, pluvieuse, grise, froide ? Et bien non, à notre grande surprise, le kéké a cette chance inouïe d’évoluer dans un pays de cocagne, au climat exceptionnellement doux et ensoleillé, aux paysages rivalisant de beautés naturelles : le Languedoc Roussillon. Malheureusement, gâté dès le départ, le kéké oublie trop souvent cet immense privilège et ne le voit plus. Pour quelle raison ? Peut-être, en plus d’être sourd, est-il aussi aveugle ?


Ainsi va la vie du kéké, de génération en génération. Car le kéké engendre lui-même un nouveau kéké qui aura des petits-kékés. Et ainsi de suite. L’avenir sera sans doute encore plein d’autres kékés. Dernière question : après avoir lu ces quelques lignes, qui sera assez honnête pour reconnaître qu’il ne s’est pas un peu reconnu ?

Son cousin, le Shadock…
(octobre 2009)


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